Pourquoi la Maison du Visiteur
Un lieu de médiation et d’interprétation
Le visiteur
d’aujourd’hui est souvent
pressé et démuni devant un patrimoine qui
cependant l’interpelle profondément; il a besoin
d’une approche dynamique et sensible plutôt que
cognitive pour entrer en contact personnel avec
l’architecture.
Dans le silence de l’édifice, les sens en éveil «opèrent» la rencontre avec l’œuvre. Cependant cette rencontre requiert une disponibilité que de bonnes conditions vont favoriser.
Ainsi une introduction, ou une conclusion, à « l’expérience de voir » l’art roman s’avèrent déterminantes:
- pour apprécier une architecture que douze siècles séparent de nous,
- pour appréhender une symbolique dont la signification ne peut être aisément découverte sans médiation,
- pour reconnaître l’actualité et l’universalité d’un patrimoine de l’humanité.
Ce travail ne pouvant se faire dans la Basilique, ni en plein vent ou dans le bruit d’un lieu public, il fallait créer un espace pour cela. C’est ainsi qu’en 1994, l’association Présence à Vézelay, grâce à l’action généreuse et motivée de ses membres se dote d’une maison en plein cœur du village, non loin de la Basilique qui deviendra la Maison du Visiteur.
Préambule de la Charte de la Maison du Visiteur
écrit pour la Réception inaugurale de la Maison du Visiteur
La blessure du patrimoine est profonde : ce sont les larmes
versées sur le cœur de Beyrouth en ruines. Ce sont
les destructions des bouddhas, des icônes, des temples de
prières. Ce sont les campagnes acharnées de
négation des savoir-faire ancestraux au profit
d'opportunismes aveugles. Ce sont les files des peuples en exode. La
blessure est profonde parce qu'elle touche le corps tout entier des
peuples, les laissant mutilés, sans formes et sans voix,
livrés à la survie parfois à la haine.
Combien d'années faudra-t-il pour reconstruire? Combien de vocations humaines pour ramener à la vie ces foyers de conscience, de rêves et de destins partagés ? Combien de trésors de patience pour restituer et retransmettre?
En ces temps de déroute et de folies meurtrières, le patrimoine se dresse telle une pierre d'achoppement, nous retenant sur la pente de l'inconscience, de l'oubli et du sommeil. Loin d'être seulement une richesse à sauvegarder ou un site à visiter absolument, il nous révèle qu'il est d'abord le corps et la figure sacrée des peuples, son vêtement de dignité. Face à toutes les formes contemporaines de mise à mort, il s'offre comme un geste culturel qui pose la question ultime de l'être. Dans ce sens, il devient la nourriture indispensable au visiteur du jour, une sorte de viatique pour aller jusqu'au terme de son voyage.
Et si la vocation de nos patrimoines consistait d'abord en une avancée vers l'espace sacré des racines, au cœur d'un émerveillement ou d'une compassion capable de soulever et d'accompagner la question du sens?
Alors vient une autre question que nous éprouvons le besoin de nous poser plus particulièrement à nous-mêmes animateurs du patrimoine. Cultivons-nous suffisamment ces témoignages d'art et de pensée, avec la conscience que la foule des visiteurs d'aujourd'hui est une assemblée d'hommes en marche vers des terres intérieures?
La mise en valeur et l'animation des patrimoines les plus prestigieux de l'humanité offrent-elles toujours aux hommes de toutes conditions, ces lieux d'intériorisation et de fraternisation ? Sont-elles, en quelque sorte, des haltes d'incitation à un changement de regard et d'innovation sur le chemin de la Paix?
Hélène Ramin
Directrice artistique de la Maison du Visiteur
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