Loading...
Vézelay – la rencontre avec un haut lieu 2017-07-07T18:22:04+00:00

Vézelay : la rencontre avec un haut lieu

Vézelay, de loin et d’où que l’on arrive, s’offre aux regards comme un paysage privilégié, tels ces hauts-lieux de pèlerinage, d’art et d’histoire, qui parsèment notre patrimoine mondial.
Qu’ils soient temples, monastères, mosquées, synagogues, cathédrales, ces patrimoines religieux de l’humanité, ne cessent d’accueillir, d’attirer et d’interroger. Ils ont en commun qu’ils sont avant tout des lieux de passage vers l’intériorité de l’homme. Leurs murs sont imprégnés d’ardentes requêtes, d’âpres combats, d’intimes délivrances ou de promesses. Leurs espaces s’élèvent pour manifester le dépassement et la louange divine. Ainsi, ils sont devenus des chefs d’œuvres.
Témoins des plus grandes tragédies et des plus heureux évènements, ces pierres demeurent au-delà même de l’appartenance religieuse et des convictions personnelles, des appels et des rappels du sacré propre à toute vie d’homme, dimension qui fait de chaque homme selon l’expression de Mircea Eliade, « un homo religiosus ».
Dans ces édifices les réalités visibles et invisibles se rencontrent et s’unissent dans le langage symbolique dont le vocabulaire échappe souvent à la compréhension, frustration vécue d’autant plus fortement que la beauté qui s’en dégage est intense.
C’est pourquoi une préparation ou initiation s’impose pour une véritable découverte ou redécouverte de tels sites.

Vézelay, la visite avec la Maison du Visiteur

Texte écrit pour la réception inaugurale de la Maison du Visiteur le 25 mars 2003

La blessure du patrimoine est profonde : ce sont les larmes versées sur le cœur de Beyrouth, de Bagdad, de Kaboul, de Lhasa… Ce sont les destructions des bouddhas, des icônes, des temples de prières. Ce sont les campagnes acharnées de négation des savoir-faire ancestraux au profit d’opportunismes aveugles. Ce sont les files des peuples en exode. La blessure est profonde parce qu’elle touche le corps tout entier des peuples, les laissant mutilés, sans formes et sans voix, livrés à la survie, parfois à la haine.

Combien d’années faudra-t-il pour reconstruire? Combien de vocations humaines pour ramener à la vie ces foyers de conscience, de rêves et de destins partagés ? Combien de trésors de patience pour restituer et retransmettre?

En des temps de déroute et de folies meurtrières, le patrimoine se dresse telle une pierre d’achoppement, nous retenant sur la pente de l’inconscience, de l’oubli et du sommeil. Loin d’être seulement une richesse à sauvegarder ou un site à visiter absolument, il nous révèle qu’il est d’abord le corps et la figure sacrée des peuples, leurs vêtements de dignité. Face à toutes les formes contemporaines de mise à mort, il s’offre comme un geste culturel qui pose la question ultime de l’être. Dans ce sens, il devient la nourriture indispensable au visiteur du jour, une sorte de viatique pour aller jusqu’au terme de son voyage.

Et si la vocation de nos patrimoines consistait d’abord en une avancée vers l’espace sacré des racines, au cœur d’un émerveillement ou d’une compassion capable de soulever et d’accompagner la question du sens?

Alors vient une autre question que nous éprouvons le besoin de nous poser plus particulièrement à nous-mêmes animateurs du patrimoine. Cultivons-nous suffisamment ces témoignages d’art et de pensée avec la conscience que la foule des visiteurs d’aujourd’hui est une assemblée d’hommes en marche vers des terres intérieures?

La mise en valeur et l’animation des patrimoines les plus prestigieux de l’humanité offrent-elles toujours aux hommes de toutes conditions, ces lieux d’intériorisation et de fraternisation ? Sont-elles, en quelque sorte, des haltes d’incitation à un changement de regard et d’innovation sur le chemin de la Paix?

Hélène Ramin
Directrice artistique de la Maison du Visiteur