Vézelay : l’actualité du patrimoine roman
Dans la période romane de notre histoire européenne, le monde de Vézelay témoigne d’un sommet artistique particulier comme en témoignent d’Est en Ouest, les quelques générations du tout début du XIIe siècle : une profusion qui nous éblouit encore aujourd’hui.
L’architecture romane offre une vision du monde, unifiée.
Nous
pouvons le percevoir dans l’harmonisation des
langages : proportion des volumes, qualités acoustiques,
jeux de la lumière et ornementation sculptée font
corps.
D’autre part, l’art roman s’adresse
à tout l’homme, corps, cœur et esprit,
par un chemin plus intuitif qu’explicatif : regard,
écoute, sensation et émotion sont les
véhicules d’une expérience qui
opérait une transformation dans l’âme du
pèlerin.
Aujourd’hui, dans ces lieux sans ruptures, nous
redécouvrons, hommes du XXI e siècle,
l’influence de l’architecture sur notre
manière d’être. La rencontre de
Vézelay peut être l’occasion
d’un événement intérieur,
d’un retournement.
La construction romane est un art inspiré, empirique et communautaire.
Ces
qualités sont présentes de sa
conception à sa réalisation : «
A
Vézelay, il n’y a pas eu d’architectes,
mais des bâtisseurs » comme
s’exclamait
Le Corbusier, lesquels bâtisseurs demeuraient souvent dans
l’anonymat.
Aujourd’hui, cet art de bâtir invite à
réfléchir sur les organisations humaines, le sens
du métier, la co-responsabilité,
l’exercice de l’autorité et
l’engagement commun comme forces de création et
d’innovation.
Un art essentiellement symbolique
Que ce soit
l’architecture, la
sculpture,
l’orientation du bâtiment, le dessin du plan, le
travail de la lumière, chaque élément
a sa fonction à la fois physique, ornementale et liturgique.
Chacun d’eux concourt comme les couleurs de
l’arc-en-ciel, à faire de tout
l’édifice un symbole, c’est à
dire un pont entre les réalités visibles et
invisibles.
Aujourd’hui, la lecture de ces ouvrages qui
répondent autant à des aspirations personnelles
que communautaires, peut nous interroger sur la capacité de
nos entreprises humaines à être des lieux qui
fassent sens, capables de relier les hommes entre eux ainsi
qu’à plus grand qu’eux.
Le rôle de l’image
Le XIIe et le XXIe sont
marquées par la profusion
des images. Plus facilement que de longs raisonnements,
l’image, grâce à une saisie
immédiate, peut stimuler et imprégner les
esprits. Les chapiteaux, images sculptées par les tailleurs
offraient à l’homme médiéval
un enseignement tout à la fois, mystique et humain.
Aujourd’hui, leur contemplation peut bousculer certains
conditionnements du regard et inspirer les créateurs
d’images dans la recherche de cohérence entre
éthique, technique, et esthétique.
Le rôle de la lumière
Dans la découverte de Vézelay, ce qui
frappe d’emblée, c’est la
qualité de la lumière : jeux de
lumière directe ou indirecte dont la très grande
maîtrise suppose une orientation recherchée et un
accord intime avec les lois naturelles.
Aujourd’hui, cet art de bâtir
révèle que l’homme accordé
aux lois cosmiques, développe une intelligence du
réel et une économie des moyens capables de
donner cours à la fécondité
d’une créativité porteuse de sens.
Placer le monde médiéval dans la perspective du monde contemporain
Les qualités que nous venons
d’évoquer confèrent une pertinence
à cet art pour aujourd’hui.
L’actualiser, c’est entrer dans une
interprétation re-créatrice de nos comportements
et habitudes, un travail d’interprétation propice
au surgissement de valeurs fondamentales dont notre
société a un besoin vital.
Sans vouloir idéaliser la société
médiévale dont les limites d’une
certaine chrétienté sont bien connues, les
propriétés de cet art nous donnent
l’occasion de retrouver des gestes et une impulsion dans
l’art d’inventer avec les contraintes des
matériaux et des institutions
d’aujourd’hui.
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